
L’Islande, cette terre de feu et de glace posée sur la dorsale médio-atlantique, offre aux randonneurs une expérience volcanique unique au monde. Située à la confluence de phénomènes géologiques exceptionnels, l’île abrite plus de 130 volcans dont une trentaine restent actifs aujourd’hui. Les paysages façonnés par des millénaires d’activité volcanique créent un terrain de jeu extraordinaire pour les amateurs de trekking volcanique, où chaque sentier révèle des formations rocheuses spectaculaires, des champs de lave figés dans le temps et des phénomènes géothermiques saisissants.
Cette destination mythique attire chaque année plus de 2,3 millions de visiteurs, dont 40% pratiquent la randonnée selon l’Office du Tourisme islandais. La diversité des terrains volcaniques, depuis les coulées basaltiques récentes jusqu’aux formations rhyolitiques multicolores, permet d’explorer des écosystèmes uniques où la vie renaît constamment des cendres. Que vous soyez randonneur débutant ou expert en alpinisme volcanique, l’Islande propose des itinéraires adaptés à tous les niveaux, dans un cadre sécurisé malgré l’environnement extrême.
Géologie volcanique islandaise : comprendre la dorsale médio-atlantique et les points chauds
L’Islande occupe une position géologique exceptionnelle, étant la seule terre émergée de la dorsale médio-atlantique. Cette situation unique résulte de la rencontre entre un point chaud mantellique et la zone d’écartement des plaques tectoniques nord-américaine et eurasiatique. Cette configuration géologique particulière explique l’intense activité volcanique qui façonne continuellement le paysage islandais depuis plus de 16 millions d’années.
Formation du rift volcanique de reykjanes et tectonique des plaques
La péninsule de Reykjanes constitue l’expression terrestre la plus occidentale du rift médio-atlantique. Cette zone d’extension active s’écarte d’environ 2 centimètres par an, créant constamment de nouveaux terrains volcaniques. Les récentes éruptions de Fagradalsfjall (2021-2023) illustrent parfaitement ces processus de création crustal, où le magma basaltique remonte directement du manteau pour former de nouvelles terres.
Le système volcanique de Reykjanes s’étend sur plus de 100 kilomètres et comprend sept systèmes volcaniques distincts. Chaque système présente des caractéristiques particulières : fissures éruptives, cônes de scories, champs de lave pahoehoe et aa. Cette diversité morphologique offre aux randonneurs une véritable leçon de géologie à ciel ouvert, accessible via de nombreux sentiers balisés.
Systèmes volcaniques actifs : hekla, katla et eyjafjallajökull
L’Islande compte 30 systèmes volcaniques actifs, dont certains marquent particulièrement l’histoire géologique récente. Le volcan Hekla, surnommé « la porte de l’enfer » au Moyen Âge, reste l’un des plus surveillés avec 20 éruptions documentées depuis 1104. Sa dernière éruption remonte à 2000, et les volcanologues surveillent attentivement son réveil potentiel.
Le système Katla-Eyjafjallajökull illustre la complexité des interactions volcano-glaciaires islandaises. L’éruption de 2010 d’
l’Eyjafjallajökull a rappelé au monde entier la puissance des volcans islandais en paralysant le trafic aérien européen durant plusieurs jours. Caché sous la calotte du Mýrdalsjökull, le Katla est, lui, considéré comme l’un des volcans les plus dangereux du pays, avec des éruptions explosives capables de provoquer d’immenses jökulhlaups (crues glaciaires). Randonner dans ces régions, c’est évoluer dans des paysages spectaculaires, mais aussi dans des systèmes sous haute surveillance, où la sécurité repose sur un réseau dense de capteurs sismiques et GPS.
Typologie des roches volcaniques : basalte, obsidienne et scories
Les sentiers islandais traversent en permanence des roches volcaniques très différentes, qui conditionnent à la fois l’esthétique des paysages et les sensations de marche. Le basalte, roche noire et dense issue de magmas fluides, forme la majorité des coulées de lave récentes. Vous le retrouvez sous forme de champs de lave chaotiques, de “pavés” sombres ou d’orgues basaltiques comme à Svartifoss. Il offre une accroche généralement correcte, mais peut devenir extrêmement glissant lorsqu’il est poli par la glace ou l’humidité.
À l’inverse, l’obsidienne est un verre volcanique, né d’un refroidissement ultra-rapide de la lave. Brillante, tranchante comme du silex, elle tapisse certains champs de lave du Laugavegur, notamment autour de Hrafntinnusker. Les scories, elles, sont ces fragments de lave rouge à noire, très poreux, qui forment cônes et cratères de cendre. Marcher sur ces matériaux légers ressemble parfois à progresser dans du sable volcanique : vos chaussures s’enfoncent, vos mollets travaillent et chaque pas demande un effort supplémentaire.
Dans les zones rhyolitiques comme le Landmannalaugar, les roches riches en silice se déclinent en une palette de couleurs allant de l’ocre au vert mousse, en passant par le rouge rouille. Cette diversité minéralogique, combinée à l’oxydation des métaux présents, crée ces “montagnes arc-en-ciel” qui font la réputation de l’Islande. Pour le randonneur, comprendre ces différences de roches permet d’anticiper l’adhérence des sentiers et d’adapter son équipement.
Phénomènes géothermiques associés : geysers de geysir et sources chaudes
La forte activité volcanique islandaise s’exprime aussi à travers un chapelet de phénomènes géothermiques spectaculaires. Dans la vallée de Haukadalur, le champ de geysers de Geysir et Strokkur constitue l’un des arrêts emblématiques du Cercle d’Or. Toutes les 5 à 10 minutes, Strokkur projette une colonne d’eau bouillante à plus de 20 mètres de hauteur, offrant un spectacle fascinant pour les randonneurs qui combinent balade et observation géothermique.
Plus discrètes, les sources chaudes naturelles jalonnent de nombreux itinéraires de randonnée volcanique, en particulier dans les Hautes Terres. À Landmannalaugar, un bain fumant à 38-40 °C attend les marcheurs au pied des coulées de lave. Dans la région d’Hveradalir (Kerlingarfjöll), les mares bouillonnantes, fumerolles sifflantes et dépôts de soufre jaune vif composent un décor presque martien. Ces sites sont toutefois fragiles et potentiellement dangereux : la croûte superficielle peut être mince, avec de l’eau à plus de 90 °C à quelques centimètres seulement. Il est donc essentiel de rester sur les passerelles et sentiers balisés.
Itinéraires de randonnée volcanique emblématiques en islande
Sentier du laugavegur : traversée des hautes terres entre landmannalaugar et þórsmörk
Le Laugavegur est sans doute le sentier de randonnée volcanique le plus célèbre d’Islande, voire d’Europe. Long d’environ 55 km entre Landmannalaugar et Þórsmörk, il se parcourt généralement en 3 à 4 jours, avec des nuits en refuge ou en bivouac aménagé. Cet itinéraire mythique permet de traverser l’essentiel des paysages volcaniques islandais : coulées de lave récentes, dômes rhyolitiques, fumerolles, déserts de cendre, glaciers et vallées glaciaires.
Dès le premier jour, la montée vers Hrafntinnusker plonge les randonneurs dans un monde minéral fait de neige tardive, de champs de lave noire et de fumerolles. Les jours suivants, on alterne entre plateaux verdoyants, cratères, franchissement de gués et canyons profondément entaillés dans les scories. L’arrivée à Þórsmörk, oasis de bouleaux nains coincée entre les glaciers Eyjafjallajökull et Mýrdalsjökull, offre un contraste saisissant et clôt ce trek en apothéose.
Pour profiter pleinement de ce trek volcanique, il est recommandé de partir entre fin juin et début septembre, période durant laquelle les refuges sont ouverts et les pistes F accessibles. La météo restant très changeante, une bonne préparation (équipement imperméable, chaussures robustes, réservations en refuge) est indispensable. De nombreux randonneurs prolongent d’ailleurs l’itinéraire jusqu’à Skógar via le col de Fimmvörðuháls, pour marcher au milieu de coulées de lave encore tièdes datant de l’éruption de 2010.
Circuit du landmannalaugar : champs de lave rhyolitique et montagnes arc-en-ciel
Si vous disposez de moins de temps, un séjour de randonnée de 2 à 3 jours autour de Landmannalaugar permet déjà une immersion exceptionnelle dans l’univers volcanique islandais. Depuis le refuge principal, plusieurs boucles balisées offrent des vues spectaculaires sur les montagnes de rhyolite et les champs de lave environnants. L’ascension du Bláhnúkur (“la montagne bleue”) permet notamment de dominer l’ensemble du massif et de contempler les coulées de lave figées qui encerclent la vallée.
Un autre itinéraire classique consiste à combiner les sommets de Bláhnúkur et Brennisteinsalda (“la montagne de soufre”), en traversant la coulée de lave de Laugahraun. Les contrastes de couleurs sont saisissants : noir profond de la lave, vert fluo des mousses, ocre et rouge des roches sulfureuses, sans oublier le blanc éclatant des névés persistants. En fin de journée, le bain dans la rivière chaude qui serpente au pied du camp vient parfaire l’expérience.
Landmannalaugar se situe au cœur des Hautes Terres et n’est accessible que par des pistes F (F208, F225) généralement ouvertes de fin juin à début septembre. L’accès nécessite un 4×4 et une bonne anticipation des conditions météo. Pour les randonneurs qui préfèrent être encadrés, des agences locales proposent des excursions guidées à la journée ou des séjours de plusieurs jours dans la région, incluant hébergement en refuge et transferts en super-jeep.
Ascension du volcan eldfell sur l’île de heimaey aux îles vestmann
Pour une randonnée volcanique plus courte mais tout aussi impressionnante, cap sur l’île de Heimaey dans l’archipel des Vestmann. Ici, l’éruption de 1973 a littéralement remodelé la ville : le volcan Eldfell s’est formé en quelques semaines seulement, ensevelissant une partie du port et des habitations. Aujourd’hui, un sentier balisé permet de gravir ce cône de scories rouges en 30 à 45 minutes depuis le centre-ville.
Au fur et à mesure de l’ascension, le sol devient plus meuble, les scories crissent sous les chaussures et la couleur du paysage vire du noir au rouge brique. Près du sommet, on peut encore sentir la chaleur résiduelle en creusant légèrement le sol, preuve que la montagne est jeune. La vue à 360° embrasse l’ensemble de l’archipel, la ville reconstruite et les coulées de lave qui ont agrandi l’île de plusieurs centaines de mètres vers la mer.
Cette randonnée est accessible à la plupart des randonneurs en condition physique normale, mais nécessite des chaussures fermées avec une bonne accroche : les scories roulantes rendent la descente parfois instable. Elle peut facilement être combinée avec la visite du musée Eldheimar, qui retrace l’éruption et montre des maisons excavées intactes sous la cendre, pour une plongée complète dans l’histoire volcanique récente.
Randonnée glaciaire sur le vatnajökull et observation des nunataks volcaniques
Le Vatnajökull, plus grand glacier d’Europe, recouvre plusieurs systèmes volcaniques actifs, dont le Grímsvötn et le Bárðarbunga. Réaliser une randonnée glaciaire sur l’une de ses langues est une manière unique d’observer l’interaction entre glace et feu. Depuis Skaftafell ou Sólheimajökull, des guides certifiés encadrent des sorties à la demi-journée ou à la journée, crampons aux pieds et piolet à la main.
Sur la surface du glacier, les stries noires de cendre et de tephra racontent l’histoire des éruptions passées. À l’horizon, certains sommets rocheux affleurent au-dessus de la calotte : ce sont les nunataks, des reliefs volcaniques qui émergent de la glace. Les traverser ou les observer depuis les belvédères de Skaftafell offre une perspective rare sur la puissance des processus volcano-glaciaires. Le contraste entre la blancheur du glacier, le noir de la cendre et le bleu des crevasses est d’une beauté presque irréelle.
Ces randonnées glaciaires ne doivent jamais être entreprises sans guide : les crevasses, ponts de neige et moulins glaciaires représentent des dangers sérieux pour les non-initiés. Les agences fournissent tout l’équipement technique (baudrier, crampons, casque) et adaptent l’itinéraire au niveau du groupe. Pour les photographes, les sorties tôt le matin ou en fin de journée permettent de capter les plus beaux jeux de lumière sur la glace.
Exploration du cratère askja et du lac volcanique viti au nord de l’islande
Située dans le désert noir d’Ódáðahraun, la caldeira d’Askja est l’un des plus beaux sites de randonnée volcanique du Nord de l’Islande. Cette immense dépression de 45 km², formée par l’effondrement d’un volcan bouclier, abrite un grand lac profond (Öskjuvatn) et un cratère plus petit, Víti, rempli d’une eau laiteuse et chaude. L’accès au site se fait par les pistes F88 ou F910, uniquement en 4×4, à travers des paysages lunaires de scories et de coulées de lave.
Depuis le parking de Vikraborgir, un sentier relativement facile mène en 45 à 60 minutes au bord de la caldeira. La marche se fait sur des champs de cendre claire et de neige persistante, avec une vue de plus en plus spectaculaire sur le lac Öskjuvatn et le cratère Víti. En été, certains randonneurs choisissent de descendre dans le cratère pour se baigner, mais cette pratique est aujourd’hui déconseillée par les autorités en raison des risques d’effondrement et de variations de température de l’eau.
Askja est également un lieu de mémoire pour la communauté scientifique : dans les années 1960, des astronautes de la NASA y ont effectué des entraînements géologiques, jugeant le site proche de la surface lunaire. Marcher sur ces sentiers, c’est donc aussi suivre, en quelque sorte, les pas d’Apollo. Prévoyez toutefois des vêtements très chauds : même en plein été, la température peut y être proche de 0 °C et le vent glacial.
Équipement technique spécialisé pour la randonnée volcanique
Chaussures de randonnée adaptées aux terrains basaltiques et scories
Les terrains volcaniques islandais sont exigeants pour le pied et pour le matériel. Entre les coulées de basalte tranchant, les champs de scories instables et les gués glaciaires, une chaussure inadaptée peut rapidement transformer la randonnée en calvaire. Il est recommandé d’opter pour des chaussures de trekking montantes, avec une tige rigide à semi-rigide, une excellente tenue de cheville et une semelle externe très accrocheuse type Vibram.
Les roches basaltiques, souvent anguleuses, mettent à rude épreuve les pare-pierres et les semelles. Un modèle avec renfort avant et latéral évite les chocs directs sur les orteils et limite l’usure prématurée. Sur les scories, vous aurez la sensation de marcher dans un mélange de gravier et de sable vulcanique : les chaussures basses laissent vite entrer ces particules. Des guêtres légères, ajustées à la cheville, évitent d’avoir à vider ses chaussures tous les kilomètres.
Enfin, l’imperméabilité joue un rôle crucial. Même si vous ne prévoyez pas de randonnée glaciaire, les gués d’eau froide et les sentiers détrempés sont fréquents. Une membrane respirante de type Gore-Tex, associée à des chaussettes techniques en laine mérinos, aide à garder les pieds au chaud et au sec. Pensez à roder vos chaussures avant le départ : tester un nouveau modèle directement sur le Laugavegur n’est jamais une bonne idée.
Protection contre les gaz volcaniques : masques respiratoires et détecteurs H2S
Sur la plupart des itinéraires classiques, les concentrations de gaz volcaniques restent faibles et sans danger pour un randonneur en bonne santé. Cependant, dans certaines zones actives (fumerolles, champs géothermiques, coulées récentes), la présence de dioxyde de soufre (SO₂) ou de sulfure d’hydrogène (H₂S) peut devenir problématique, en particulier par temps calme ou dans les dépressions mal ventilées. Une odeur d’œuf pourri prononcée ou une irritation des yeux doit toujours être prise au sérieux.
Pour les randonnées proches de sites très actifs ou lors de phases éruptives, les guides professionnels utilisent des détecteurs H₂S portatifs, capables d’alerter en cas de dépassement des seuils de sécurité. Dans ces contextes spécifiques, des masques respiratoires équipés de filtres adaptés (de type ABEK) peuvent être requis. Pour un randonneur indépendant sur les sentiers balisés classiques, un simple masque FFP2 n’apporte qu’une protection limitée contre ces gaz, mais peut être utile en cas de cendre en suspension.
La meilleure protection reste le respect des consignes officielles et des fermetures temporaires de sentiers décidées par la Protection Civile islandaise. Avant de partir, consultez systématiquement les bulletins de l’Icelandic Met Office (IMO) pour connaître l’état d’activité des volcans, les concentrations de gaz et les éventuelles restrictions d’accès. En cas de malaise, de toux ou de difficultés respiratoires à proximité d’un champ géothermique, il faut immédiatement s’éloigner en se plaçant face au vent.
Matériel de navigation GPS pour zones sans repères visuels
Dans les Hautes Terres ou sur les plateaux recouverts de cendre, il est fréquent de se retrouver dans des environnements quasi dépourvus de repères visuels. Sous le brouillard ou la neige, la sensation peut être celle de marcher dans une feuille blanche. Dans ces conditions, un GPS de randonnée ou une application de navigation fiable sur smartphone devient un outil de sécurité essentiel, complémentaire à la carte papier et à la boussole.
Les pistes F et grands sentiers comme le Laugavegur sont généralement bien balisés par des piquets jaunes, mais ceux-ci peuvent être noyés dans la brume ou temporairement recouverts de neige. Enregistrer votre trace à l’avance et charger les cartes topographiques hors ligne (par exemple via des applications comme Maps.me ou Gaia GPS) permet de suivre l’itinéraire même en cas de visibilité réduite. Prévoyez une batterie externe de bonne capacité : le froid et l’usage intensif du GPS déchargent rapidement les appareils.
Un altimètre barométrique intégré (sur montre ou GPS) est également précieux pour confirmer les changements de dénivelé et se repérer sur les courbes de niveau. Pensez enfin à sauvegarder les coordonnées des refuges, parkings et points de sortie en cas de nécessité de demi-tour. En Islande plus qu’ailleurs, savoir renoncer ou adapter son parcours en fonction des conditions est un signe d’expérience, pas de faiblesse.
Équipement photographique résistant aux particules volcaniques
Les paysages volcaniques islandais sont un paradis pour les photographes, mais aussi un environnement hostile pour le matériel. Cendres fines, sable noir porté par le vent, humidité salée sur les côtes et écarts de température mettent les boîtiers et objectifs à rude épreuve. Un appareil tropicalisé (résistant aux intempéries) avec un zoom polyvalent (type 24-105 mm) permet de limiter les changements d’objectifs sur le terrain, moments où les particules pénètrent le plus facilement dans le boîtier.
Une housse de pluie dédiée ou, à défaut, un simple sac congélation solide avec ouverture pour l’objectif, protège efficacement contre les averses et les embruns. Sur les champs de cendre, évitez de poser votre matériel au sol et rangez-le systématiquement dans un sac photo fermé lorsque vous ne shootez pas. Un filtre UV vissé en permanence sur l’objectif joue le rôle de pare-chocs : mieux vaut rayer un filtre que la lentille frontale.
Pensez également à emporter une poire soufflante et des lingettes microfibres pour nettoyer régulièrement le matériel, ainsi que plusieurs cartes mémoire et batteries supplémentaires. Le froid réduit l’autonomie des accus : gardez-en une dans une poche intérieure, proche du corps. Enfin, pour les prises de vue nocturnes (aurores boréales au-dessus des cratères, par exemple), un trépied léger mais stable et une lampe frontale à intensité réglable sont indispensables.
Sécurité en milieu volcanique actif : protocoles et surveillance sismique
L’Islande dispose de l’un des systèmes de surveillance volcanique les plus performants au monde. Le pays est quadrillé par des sismographes, GPS de haute précision, stations de mesure des gaz et satellites d’observation. L’Icelandic Met Office (IMO) publie en continu des mises à jour sur l’activité sismique, les déformations du sol et les concentrations de gaz, ce qui permet d’anticiper de nombreuses éruptions ou d’ajuster rapidement les niveaux d’alerte.
Pour les randonneurs, la première règle de sécurité consiste à respecter scrupuleusement les fermetures de routes F, sentiers et zones d’accès décidées par les autorités. Même si “le volcan semble calme”, une zone interdite peut être soumise à des risques invisibles : effondrements, poches de gaz, crues glaciaires soudaines. Avant chaque départ en randonnée, vérifiez les conditions sur les sites officiels et, si possible, demandez conseil à un guide local ou au gardien du refuge.
Sur le terrain, restez sur les sentiers balisés, en particulier dans les champs géothermiques où la croûte peut être mince. Évitez de vous approcher des bords de falaises instables, très friables dans les roches volcaniques. En cas de brouillard dense, de vent violent ou de pluie glaciale persistante, n’hésitez pas à écourter votre itinéraire : l’hypothermie guette plus vite qu’on ne le pense, même en plein été, surtout si l’on traverse des gués à l’eau glacée.
Enfin, prévenez toujours quelqu’un de votre projet de randonnée (itinéraire prévu, heure de retour estimée). En Islande, le site safetravel.is permet de déposer un “travel plan” en ligne, consultable par les secours en cas de problème. Voyager avec une balise SOS ou un dispositif de communication satellite (type InReach) est vivement conseillé dès que l’on s’aventure hors des itinéraires les plus fréquentés.
Biodiversité des écosystèmes volcaniques : mousses, lichens et adaptations endémiques
À première vue, les paysages volcaniques islandais peuvent sembler stériles. Pourtant, dès que l’on regarde de plus près, la vie est partout. Les premiers colonisateurs des coulées de lave et champs de cendre sont les lichens et les mousses, capables de survivre dans des conditions extrêmes de froid, de sécheresse et de pauvreté en nutriments. Les lichens crustacés, parfois colorés d’orange ou de jaune, s’accrochent aux roches basaltiques, tandis que les mousses vert fluo tapissent les coulées de lave anciennes, comme un velours végétal.
En se décomposant lentement, ces organismes créent une fine couche de sol propice à l’installation d’autres plantes : saules nains, bouleaux arctiques, linaigrettes, carex. Dans les vallées abritées comme Þórsmörk, de véritables forêts de bouleaux nains (Betula pubescens) se développent, offrant un refuge à de nombreux oiseaux nicheurs. Cette mosaïque d’habitats, du désert de cendre aux prairies humides, explique la richesse de l’avifaune islandaise malgré la latitude.
Les écosystèmes volcaniques sont cependant d’une grande fragilité. Un simple piétinement répété peut détruire en quelques secondes une couverture de mousse qui a mis plusieurs décennies à se constituer. C’est pourquoi il est crucial de rester sur les sentiers tracés et de respecter les zones de protection. En randonnant de manière responsable, vous contribuez à préserver ces milieux uniques, tout en ayant le privilège de les découvrir.
Phénomènes lumineux et acoustiques des volcans islandais : aurores boréales et grondements telluriques
Randonner entre les volcans d’Islande, c’est aussi vivre des expériences sensorielles intenses, où la lumière et le son jouent un rôle majeur. En automne et au cœur de l’hiver, les aurores boréales dansent fréquemment au-dessus des champs de lave et des cratères assoupis. Les nuits sont alors l’occasion de veillées inoubliables, loin de toute pollution lumineuse, où le ciel se teinte de vert, de violet et parfois de rouge. Les régions de Mývatn, de la côte sud et des Hautes Terres, lorsqu’elles sont accessibles, offrent des conditions d’observation exceptionnelles.
En été, lorsque le soleil de minuit effleure l’horizon sans jamais vraiment disparaître, les reliefs volcaniques prennent des teintes dorées presque irréelles. Marcher à 23 h sur les crêtes du Laugavegur, avec une lumière rasante qui souligne chaque coulée de lave, est une expérience que peu d’autres destinations peuvent offrir. Cette lumière permanente facilite aussi la progression, mais peut perturber le sommeil : un masque de nuit figure donc parmi les accessoires utiles à glisser dans le sac.
Les volcans islandais s’expriment également par leurs grondements telluriques. Sur certains champs géothermiques, on entend le souffle sourd des fumerolles, le glouglou des mares de boue bouillonnantes, ou le claquement sec des geysers qui entrent en éruption. Lors d’épisodes sismiques, un léger tremblement peut être perceptible sous les pieds, comme si la terre respirait. Ces sons, parfois discrets, participent fortement au sentiment d’immersion dans un environnement en perpétuelle création.
En combinant ces phénomènes lumineux et acoustiques avec la diversité des sentiers volcaniques, l’Islande offre aux randonneurs une expérience totale, où la science, l’aventure et l’émotion se rejoignent. Il ne reste plus qu’à chausser vos bottes de trekking, vérifier les bulletins volcaniques… et vous laisser guider par les sentiers de feu et de glace.